LA HULPE Will ne recevra plus ses amis dans sa maison blanche aux airs de Provence

« Un homme simple respecté par tous »

Ainsi donc, Willy Maltaite ne sera pas de la fête que la commune de Waterloo organise en mars pour célébrer la bande dessinée et au cours de laquelle sera évoquée la belle aventure de la «bande des quatre» qui avait pour cadre, en 1946, la villa « Sans-souci » de Jijé avenue Belle-Vue. Après le chef de file de l'école de Marcinelle, en 1980, et Franquin-la Gaffe, en 1997, le dessinateur de Tif et Tondu a déposé crayons et pinceaux, ce vendredi soir, pour s'en aller « Plein gaz » rejoindre ses maîtres et amis dans « L'île dont on ne revient pas ». Comme Lucky Luke, à la fin de chaque aventure, Morris, le dernier des quatre, doit se sentir aujourd'hui une âme de « pauvre cow-boy solitaire »...

S'il était assurément l'un des grands (le «dinosaure»!) de la bande dessinée belge (voir en page Culture), Will, dans le quotidien, avait plutôt tendance à vivre caché comme une souris. Une souris qui avait fait son trou à La Hulpe, où le dessinateur s'était installé en 1957 avec Claude, son épouse.

Mais qui pointait toujours le bout du nez quand il s'agissait de rendre service, comme aime le rappeler l'un de ses amis de longue date, l'échevin des Travaux Robert Mesmaeker («Tobel», pour tous les La Hulpois). N'importe quel groupement ou société de la commune pouvait venir le solliciter pour illustrer

une affiche ou un progamme, Will répondait toujours présent et ne demandait jamais rien. Ainsi, il venait tout juste de réaliser une affiche pour la fête des enfants à l'école communale... C'était quelqu'un de généreux, de simple, de discret, et à ce titre il était respecté de chacun à La Hulpe,

ajoute l'échevin qui se souvient des dimanches lointains où ils allaient l'un et l'autre voir jouer leurs enfants respectifs au football et au rugby. Quelqu'un de discret, mais à l'hospitalité chaleureuse, ajouterions-nous après qu'il nous eut reçu à deux reprises

dans sa coquette villa blanche aux parfums de Provence. En 1978, année où il nous fit cadeau d'un dessin de ses héros (voir ci-contre), il nous avait parlé de son amour pour son métier, de l'éternelle jeunesse des auteurs de bandes dessinées. En 1996, lorsqu'il fut fait citoyen d'honneur de La Hulpe à l'occasion de ses 50 ans de planche, il nous avait fait partager ses passions nouvelles pour la peinture et la bande dessinée pour adultes.

A côté des grandes joies que lui a procurées son métier, Will citait ses grandes peines: la perte d'un ami. En 1978, il venait de voir partir brutalement Maurice Tillieux, son scénariste depuis «L'ombre sans corps». Ces plaies-là ne se guérissent pas, même quand on s'envole vers le pays du rêve! nous avait-il dit. Aujourd'hui que Will «rebondit» quelque part là-haut, dans l'espoir de rendre de menus services sur son passage, il doit faire bien froid dans le coeur de tous ceux - et ils sont nombreux - auxquels il avait un jour ouvert sa porte.

Ch. S. et J. S. dans Le Soir du lundi 21 février 2000

En 1978, Will nous avait fait l'honneur d'un croquis original représentant ses deux héros favoris.

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